Écoutez l’épisode :

La fin n’est pas un accessoire.
La fin est la raison d’être de votre roman.


LUCIE CASTEL
Episode 5

Pour faire suite à notre conversation de la semaine dernière sur comment commencer son roman, nous vous proposons d’aborder l’autre sujet qui fâche.

La fin.

La résolution de l’intrigue. La conclusion de l’histoire.

Nombreux sont les aspirants écrivains qui se lancent dans l’écriture sans savoir comment se finit leur intrigue. Ils sont souvent aussi ceux qui écrivent “au fil de la plume” plutôt qu’en suivant un plan détaillé. Logique, puisqu’ils ne savent pas comment l’intrigue se déroule dans son intégralité.

Mais ne pas prévoir la fin vous fait courir deux risques périlleux :

  1. Ne jamais finir votre roman et perpétuer le cycle des manuscrits commencés mais jamais terminés.
  2. Avoir un roman déséquilibré où le rythme de l’action est mal réparti entre le début, le milieu et la fin, et où le fait que vous n’ayez pas prévu la fin se voit dans la première moitié de votre texte.

Lucie Castel vous aide à vous débloquer pour que trouver la fin de votre roman ne soit plus l’objet de vos crises d’angoisse, mais au contraire, le centre de votre processus créatif.

Les grands points de la conversation

– Une idée de roman est une idée d’intrigue… et de son dénouement
– Les écueils des fins non prévues
– Et la spontanéité dans son écriture alors ?
– Le secret pour finir un roman se trouve dans la méthode

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Transcription de l’épisode :

Bienvenue sur Devenir Écrivain, le podcast pour démarrer et réussir votre carrière d’écrivain. Et maintenant, retrouvez votre animatrice Lucie Castel, autrice publiée à l’international, formatrice et conférencière.

Bonjour, je suis ravie de vous retrouver aujourd’hui pour un podcast qui se propose d’apporter quelques éléments de réponse à cette question cruciale que tous les auteurs se sont posés au moins une fois : « comment terminer son roman ? » 

C’est d’ailleurs une des interrogations que j’entends le plus fréquemment lorsque je discute avec des personnes qui ont décidé de se lancer dans l’écriture. Et évidemment, répondre à cette épineuse question est essentiel, car sans elle, pas de point final, et sans point final, pas de roman. Il est donc obligatoire de savoir comment terminer son roman si on veut un jour espérer faire de l’écriture son métier, donc respecter les deadlines.

Comme souvent dès qu’on touche à des problématiques de structure de roman, les réponses et les solutions se trouvent dans la méthode. Mais avant d’évoquer ces conseils pour vous enseigner l’art de la conclusion, laissez-moi commencer par une mise en garde solennelle. Imaginez donc que je vous la serve avec la voix de Saroumane sur une bande originale signée Hans Zimmer. Solennelle donc.

Voici la mise en garde : il ne faut jamais démarrer l’écriture de son roman sans savoir comment il finit, sous peine de rester à jamais bloqué sur son roman.

Et ceci pour au moins quatre raisons.

– La première est que sans connaître le dénouement de votre action, vous prenez le risque que l’évolution de vos personnages paraisse peu crédible, soudaine, artificielle, ou pire, absente. Si vous partez d’un point A sans connaître votre point B, vos personnages vont se démener dans le vide et ressembler à une course de poulets sans tête. Dans un roman, les personnages doivent évoluer. D’ailleurs votre histoire sert de catalyseur. Si l’histoire n’impacte pas les personnages, elle n’a aucune chance d’impacter les lecteurs ou l’éditeur. En effet, quel intérêt auraient-ils de continuer à vous lire, si même vos héros n’ont pas l’air d’être très concernés par le fil conducteur de votre intrigue ?

– La deuxième raison est qu’écrire un roman sans connaître la fin de l’histoire risque fort de vous bloquer une fois que vous serez parvenu à la moitié. Or, gérer un syndrome de page blanche à la moitié du roman quand l’ambiance est déjà installée, quand la dynamique des personnages est déjà en place, est autrement plus compliqué que lorsqu’il intervient au début. C’est souvent ce qui explique que vous ne savez pas comment terminer votre roman. Tout simplement parce que vous n’y avez pas pensé dès le départ. Et maintenant, tous vos poulets sans tête courent et vous ne savez pas où les mener.

– La troisième raison est que si vous réfléchissez à la fin de votre roman en plein milieu de l’écriture, vous prenez le risque d’adapter votre fin à ce que vous avez déjà écrit, afin d’éviter d’avoir à tout reprendre depuis le début. Or, le risque d’adapter votre fin au début déjà rédigé, c’est de donner une impression de facilité, de fin bâclée avec un arrière-goût de « ah oui, comme par hasard ! ». Finir son roman c’est bien, le finir correctement et avec panache, c’est mieux.

– La quatrième raison est que si vous déterminez votre fin en cours de route, le spectre d’un deus ex-machina va planer au-dessus de votre roman. Parce que comme vous l’aurez prévu après avoir installé votre action et vos personnages, il n’y a rien au début de votre roman qui fait écho à la fin, puisque justement vous ne l’aviez pas envisagée dès le départ. Bien entendu, vous pouvez toujours rattraper le coup, et une fois que vous savez enfin comment finir votre roman, revenir au début pour rajouter des éléments qui justifieront la logique de l’histoire. 

Mais n’oubliez jamais que, lorsque après coup, vous touchez trop à la structure, vous vous exposez au fait que les rajouts se voient. Ceci est plus ou moins vrai selon les genres, mais dans le cas du thriller ou du polar, rajouter après coup des indices pour coller à une fin déterminée, après coup, est souvent une catastrophe.

La fin n’est pas un accessoire, la fin est précisément la raison pour laquelle vous écrivez le roman. C’est l’essence de votre intention littéraire, et l’élément qui justifie la lecture de votre roman. Donc, il est nécessaire de penser à la fin dès l’instant où vous avez un embryon d’idée de roman, sinon vous serez incapable d’y mettre un point final.

Alors comment éviter ces écueils et terminer votre roman ?


 1. Lutter contre la spontanéité de l’écriture.

Nous sommes écrivains, parce que ce mode d’expression est naturellement le nôtre. Nous aimons écrire, cela veut dire que nous projetons notre monde intérieur et sa sensibilité dans l’écriture. Dès l’instant où germe dans notre esprit une idée d’intrigue, de quête, de prophétie, de récit de vie, notre premier réflexe est de vite la coucher sur papier. Grave erreur.

Il faut lutter contre ce réflexe. Écrire ne doit pas être spontané, car si cela l’est, c’est bien souvent au détriment de sa lisibilité. En effet, en écrivant sans stratégie ni filtre, l’écriture n’est qu’une photo floue de notre monde intérieur. Sauf que notre monde intérieur étant le nôtre par définition, il n’est connu et compris que de nous. Les autres, les lecteurs, ne possèdent pas les clés pour voir à l’intérieur de nous aussi précisément que nous le faisons. 

C’est bien ce qui différencie un auteur amateur qui écrit pour lui, et si c’est son souhait c’est une excellente chose, et un auteur professionnel qui écrit pour être lu. Or, pour pouvoir être lu et compris par un public, il faut faire un travail pédagogique pour qu’à travers nos chapitres, le lecteur voit notre monde intérieur aussi distinctement que possible.

C’est la raison pour laquelle, l’écriture est un exercice rationnel et méthodique. Et c’est précisément en ne vous jetant pas sur le chapitre 1 sans savoir trop où vous allez ni comment tout ceci va finir, et en vous forçant à avoir une vision d’ensemble de votre histoire que vous pourrez la terminer sereinement.


 2. La méthode et le plan.

Nous avons tous vécu ce moment de désespoir et d’ennui mortel lorsqu’à l’occasion d’un cours ou d’une conférence, nous nous sommes sentis si largués que l’intervenant aurait pu nous annoncer l’atterrissage d’un vaisseau Alien dans le jardin, nous ne l’aurions même pas entendu. Nous avons tous ressenti cet agacement, voire cette pulsion meurtrière, face à un exposé si peu clair, si totalement décousu et brouillon qu’il nous a donné l’impression d’avoir enclenché par erreur la version albanaise de la conférence.

Croyez-moi, beaucoup de manuscrits sont remplis d’excellentes idées, mais ils sont parfois si brouillons et décousus qu’arrivé à la moitié, on se dit que l’albanais ce n’est vraiment pas une langue faite pour nous, et que si l’auteur a réussi à aller au bout de son histoire, il doit avoir besoin d’un camion entier d’anxiolytiques.

Un discours, un exposé, un livre, doivent être compris par le plus grand nombre, et pour cela, il doit être cohérent du début jusqu’à la fin. Il faut aider le lecteur à voir votre monde, et ce n’est pas à lui de faire l’effort d’être à votre portée. Mais c’est à vous en tant qu’auteur à faire l’effort de vous mettre à la sienne. Car, c’est vous le professionnel de l’écriture et être un professionnel de l’écriture ce n’est pas jeter par écrit tout ce qui vous passe par la tête en espérant que quelqu’un se débrouille pour y trouver un sens.

Pour éviter cet écueil qui compliquera l’achèvement de votre livre, il faut donc un plan qui prévoit à la fois le déroulé de l’action pour l’équilibrer tout au long du roman, à la fois l’évolution des personnages d’un point A à un point B, mais aussi une progression des enjeux pour atteindre le dénouement de l’histoire et pour y mettre un terme.

En travaillant un plan dès le départ, vous pouvez prévoir la fin dès le départ.


 3. la technique de l’ultra résumé pour vous aider à achever sereinement votre livre.

C’est une technique qui est souvent utilisée quand, avec votre éditeur, vous devez travailler une fiche produit de votre livre à destination d’éditeurs étrangers, ou de dénicheurs de textes pour le cinéma et la télévision. Cela consiste à résumer la totalité de votre livre en une ou deux phrases, début, milieu et fin comprises. Cet exercice d’ultra synthèse de votre histoire sert à en extraire une sorte d’ADN. C’est l’essence de votre intention littéraire. La réponse à la fameuse question « pourquoi ai-je voulu écrire cette histoire ? » «  Quel est le sens de mon roman ? ». 

C’est une méthode très efficace et appréciée, car elle permet à l’auteur de ne jamais perdre de vue le message principal qu’il entend faire passer dans son roman. Est-ce que cette histoire parle de Rédemption, de vengeance, de résilience, de dépression, de secrets, de dualité, etc. ? On dépouille le roman de toute sa prétention verbeuse et on le rend humble.

Prenons un exemple cinématographie. Si nous devions appliquer cette technique au film John Wick, nous pourrions par exemple l’ultra résumé de la sorte : « à travers une vengeance implacable au sein d’une société secrète de tueurs professionnels, le protagoniste principal cherche à donner un sens à la perte prématurée de l’amour de sa vie. » C’est un exercice qui est d’une redoutable efficacité pour garder le cap de la rédaction, et ce, jusqu’à son terme.

Concernant votre histoire, je vous encourage à essayer de jouer à ce jeu, vous verrez immédiatement si la phrase vous vient facilement, auquel cas vous avez une vision claire de ce que vous voulez aborder comme thèmes et vous savez comment achever votre histoire, ou si au contraire, cela vous est très difficile d’y parvenir. 

Si c’est le cas, cela veut peut-être dire que votre histoire n’a pas encore totalement mûri dans votre esprit et que vous allez avoir beaucoup de mal à l’achever. Cela vient bien souvent du fait qu’en réalité, vous avez eu une idée géniale de début d’histoire, ou d’environnement, ou de contexte, mais que vous ne savez pas vraiment pourquoi vous tenez à écrire cette histoire ni pour quelle fin.


 4. Les trois temps forts d’un roman.

Pour qu’un roman soit équilibré, il doit contenir obligatoirement trois temps forts.

Le commencement : temps qui consiste à installer l’action. La dynamique des personnages se met alors en place, l’action s’installe tout comme le contexte. Vous créez le lien avec le lecteur, vous le faites pénétrer dans votre monde intérieur, vous l’habituez.

Les rebondissements. Il s’agit de toutes les ruptures qui interviennent pour perturber votre contexte de départ et face auxquelles les personnages vont réagir.

La fin : autrement dit le dénouement qui fait écho à tout ce que vous avez mis en place jusque-là et qui explique pourquoi vous avez écrit cette histoire.

Si l’un de ces trois éléments manque, vous serez nécessairement coincé à un moment dans votre processus d’écriture.

Vous devez donc dès à présent vous convaincre que la fin ne doit pas être une préoccupation secondaire et qu’elle est aussi importante que le commencement ou que la psyché des personnages. Voyez-là absolument comme une alliée qui vous permettra d’obtenir un roman équilibré, cohérent et surtout fini.


 5. Réfléchir à la fin et la faire évoluer pour arriver au bout.

Je terminerais par vous dire que s’il est impératif de réfléchir à la fin de votre histoire dès son début pour éviter de rester bloqué, j’insiste sur le fait qu’il est tout à fait possible, voir souhaitable, d’adapter et de modifier cette fin. 

Lorsqu’avant de commencer à écrire, vous réfléchissez à votre plan, vous ne pouvez pas totalement anticiper la façon dont finalement certains personnages vont évoluer, parce que vous n’êtes pas entré autant dans le détail. Et ce n’est pas grave, tout plan de départ doit pouvoir évoluer. En fait, l’important, c’est surtout d’envisager la fin dès le début du roman, mais pas de la prévoir dans le moindre détail, car qui écrit depuis un petit moment sait qu’il y a ce que prévoit l’auteur et ce que font finalement ses personnages.


Voilà, j’espère vous avoir convaincu de l’importance de prévoir la fin de votre roman avant de commencer à l’écrire pour pouvoir le terminer dans les meilleures conditions. La clé est toujours dans la méthode.

Si ce podcast vous a plu, n’hésitez pas à commenter et à le partager pour lui donner plus de visibilité, et surtout, n’hésitez pas à nous soumettre d’autres idées de thèmes que vous voulez voir abordé. Je vous souhaite une bonne semaine et vous donne rendez-vous lors d’un prochain podcast.

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3 Comments

  1. Bonjour,

    Merci pour ce podcast.

    Je me suis rendue compte qu’effectivement les histoires où je n’ai pas la fin, tout de suite, ont toujours été compliquées pour moi. Bizarrement je ne m’en étais pas rendue compte avant de l’entendre…
    Doit-on pour autant abandonner l’histoire ? Essayer de la remanier ? Passer à une autre et revenir dessus ? Et si la fin n’apparait jamais dans notre esprit ?

    Plein de question sur ce podcast =s

    Belle journée
    Laura

    • LICARES Reply

      Merci pour ton écoute Laura ! 😀
      En effet, plein de questions qui se bousculent dans nos têtes quand on bloque sur la fin !
      Et évidemment il n’y a que toi qui peut avoir la réponse pour toi 😉
      Comme dans notre méthode tu décides de la fin avant de commencer l’écriture, c’est surtout une question de te fixer un délai que tu vas passer sur ton brainstorming et de voir si tu as une autre histoire que tu as envie d’écrire.
      Et surtout de voir qu’il n’y a pas de fin parfaite. Il y a de multiples fins possibles et il faut juste se décider à en choisir une 🙂

      • “Pas de fin parfaite”
        Merci, ses 4 mots vont beaucoup m’aider lors de mes futurs blocages de fin, j’en suis sûre !

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